« Si tu m’avais posé cette question-là il y a 10 ans, je t’aurais dit : eh bien je n’ai pas d’autre choix, c’est le sport qui est offert pour mon handicap. »

C’est comme ça que Mélanie Labelle, athlète internationale de rugby en fauteuil roulant commence quand on lui demande pourquoi elle aime son sport, un sport qu’elle pratique depuis 10 ans cette année, alors qu’elle célébrait en mars 2026 une décennie depuis l’accident qui l’a rendue tétraplégique.

C’est vrai : le rugby en fauteuil roulant est l’un des seuls sports qui s’adresse aux athlètes tétraplégiques et qui a été créé spécifiquement pour eux.

Mais aujourd’hui, alors qu’elle repense aux 10 dernières années et à sa vie avant, Mélanie note que sa réponse n’est plus la même.

« Vraiment, aujourd’hui, si je réponds à la même question, je trouve que c’est un sport qui est très rapide, très élevé au niveau tactique où on n’arrête pas de se développer. C’est un sport addictif, très intéressant quand on apprend à le connaître. »

 

 

Du centre de réadaptation aux Jeux paralympiques

 

Mélanie a découvert le rugby en fauteuil roulant quelques mois après son accident, alors qu’elle vivait encore au centre de réadaptation. Une démonstration de l’équipe les Machines de Montréal a fait réaliser tout ce qui était possible à cette grande sportive dont la vie venait de basculer.

« Jusque-là, tu es comme dans une bulle de verre.L’hôpital ne veut pas t’échapper, tu es fragile. Tu te mets dans un fauteuil roulant, mais tu as zéro force. Tu es comme une guenille. »

Les athlètes en action lui ont prouvé que c’était possible pour elle de redevenir forte et active.

Sur le terrain, en essayant le sport, Mélanie s’est retrouvée elle-même. Et elle a aussi trouvé une communauté d’athlètes dans la même situation qu’elle et des coéquipiers qui sont devenus comme ses grands frères.

« Ça m’apportait tellement au niveau de l’indépendance…parce que mon dieu, j’ai appris à tout faire. À voyager, à m’habiller, à organiser ma vie, mon horaire, à conduire. Tout autour a été acquis grâce au sport. »

Mélanie a commencé à pratiquer le rugby en fauteuil roulant en septembre 2016 avec les Machines de Montréal et déjà en 2017 et en 2018, elle représentait le Québec au Championnat canadien. Puis, en 2019, elle s’est jointe à l’équipe nationale, au sein de laquelle elle était la seule femme. Cette année-là, l’équipe du Canada a gagné la médaille d’argent aux Jeux parapanaméricains de Lima.

À travers une progression initialement rapide et un changement de classification qui a ralenti un peu les choses, Mélanie a fait preuve de discipline et de motivation pour continuer à évoluer au plus haut niveau et prendre part à de nombreuses compétitions autour du monde.

Parmi les pays qu’elle a préférés, elle compte l’Australie et le Japon, ainsi que Paris, pour les Jeux paralympiques de 2024, même si son expérience n’a pas été ce qu’elle espérait.

Mélanie a appris tard qu’elle était coupée de l’équipe pour Paris et a dû faire son deuil de sa participation…tout en ayant l’occasion de se joindre à l’équipe paralympique pour les médias.

« Ça a été très difficile comme personne de vivre le deuil et d’être là quand même. Je n’ai pas pu participer, mais j’ai pu voir les Jeux derrière les Jeux, comprendre la game des médias et des commanditaires, tout ce qui se passe pour les athlètes. J’ai dû mettre mon cœur de côté, mais ça a été vraiment une belle expérience. »

 

 

Un volet féminin à créer

 

Mélanie est reconnue pour son engagement à mettre sur pieds un programme féminin de rugby en fauteuil roulant. Grâce à son travail, ainsi qu’à celui de plusieurs bénévoles engagées, les choses changent.

Un premier Championnat international féminin a récemment été annoncé et il doit se tenir à Paris en décembre 2026.

Et cette année, le Défi sportif AlterGo, en collaboration avec Rugby en fauteuil roulant Canada, tiendra un tout premier Championnat canadien féminin de ce sport, faute de pouvoir accueillir un championnat d’envergure internationale.

Selon Mélanie, c’est exactement parce que c’est impossible qu’il faut essayer de le faire.

« C’est important de mettre la table pour le rugby en fauteuil roulant féminin, parce que c’est encore impossible. En 2026… il y a des femmes partout dans le monde, mais il n’y a aucun financement ce qui fait que les limites sont très grandes. Mais les athlètes sont motivées, alors c’est important de l’offrir. »

Quand on lui a parlé, elle revenait justement d’un tournoi tenu au Nouveau-Brunswick où elle était fière d’avoir réussi à amener 2 équipes féminines.

 

 

Pour l’accès au sport et l’inspiration

 

Le Défi sportif AlterGo fait partie de ces occasions de développer le sport. Sa contribution, selon Mélanie, va au-delà des compétitions de haut niveau.

« Quand on me demande comment m’aider à développer le rugby féminin, je dis toujours de développer le junior. Pourquoi? Parce que les enfants qui naissent avec un handicap ou qui ont un handicap tôt dans leur vie doivent avoir accès à une forme de sport. Pour apprendre à jouer, à connaître leur corps et développer des instincts. Puis qu’à la fin on ait juste à peaufiner leurs habiletés pour le rugby. Le Défi sportif AlterGo amène cette initiation au sport. »

L’historique derrière l’événement revêt aussi une importance particulière dans le parcours de Mélanie après son accident.

Durant son parcours universitaire, Mélanie a joué au soccer avec Élodie Laroche Lefebvre, la nièce de Monique Lefebvre, fondatrice du Défi sportif AlterGo. Au centre de réadaptation, Mélanie réalisait qu’elle n’avait plus de liens avec les personnes qui l’inspiraient avant, elle cherchait des modèles. C’est une visite d’Élodie qui lui a permis de trouver une nouvelle inspiration.

« On a eu une longue discussion, puis c’est là qu’elle m’a raconté que ses grands-parents vivaient avec plusieurs handicaps à une époque où il n’y avait pas vraiment de ressources pour eux, mais ils s’en sont créées. J’ai mis ça dans mon sac à dos, je me suis dit que c’était quelque chose que ces gens avaient fait avant moi avec moins de ressources, alors pourquoi je ne pourrais pas continuer à porter le flambeau. »

 

 

Échouer et avoir du plaisir

 

Récemment, Mélanie a également commencé à aussi porter le chapeau d’entraîneuse pour léguer tout ce qu’elle a acquis et appris au fil des années aux prochains et prochaines athlètes de rugby en fauteuil roulant.

« Ça satisfait mon côté cérébral. C’est important de créer un espace sain et sécuritaire pour que les gens puissent échouer. »

Mais pour celles et ceux qui commencent, le plaisir reste l’aspect le plus important.

« Mon conseil c’est de s’amuser, vraiment, de ne pas rentrer dans les détails trop vite. Apprendre à pousser la chaise, s’intégrer dans la communauté et éventuellement de rentrer plus dans la technique, mais de trouver le fun en premier », conclut-elle.

 

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